La Gazette                                                                 

Pour le respect de la parole donnée

n°21 – 08/05/04

 

 

FAIRE CONNAITRE LA VÉRITÉ

Il y a un mois très exactement que « La gazette » n’avait plus montré le bout de son nez. Un mois durant lequel naquit chez Fred Vargas la volonté d’écrire un livre en urgence afin de faire connaître aux Français la vérité sur Cesare Battisti. Elle s’en ouvrit à son éditrice, Viviane Hamy qui accepta sur le champ de publier ce livre tout en prenant à sa charge la diffusion de mille exemplaires en service de presse. Cet ouvrage de 240 pages a bénéficié de la rigueur professionnelle de notre consœur, archéologue et historienne réputée, titulaire de la médaille de bronze du CNRS pour la qualité de ses travaux, le dernier en date ayant abouti à l’identification du type de puce responsable de la propagation de la peste dans le monde.

 

Les textes contenus dans ce livre s’abstiennent de polémiquer avec nos amis italiens. Toutefois, la majorité des documents sélectionnés constituent des preuves irréfutables sur la façon peu orthodoxe dont la justice italienne mena les procès, en particulier celui de Battisti. Rassemblés et organisés de façon rationnelle, tous ces articles doivent permettre à chaque lecteur de comprendre clairement ce que lui ont caché jusqu’à ce jour médias italiens tout comme la plupart des journaux français, en particulier pourquoi la présomption d’innocence de Battisti apparaît de plus en plus comme une évidence. Cette vérité, à votre tour, il faut aider à la faire connaître. Encore un travail de fourmi, comme je l’écrivais dans un précédent numéro, mais si nous sommes nombreux à en parler pour gagner l’opinion au respect de la parole donnée,  la défense de Battisti et de tous ses camarades italiens en sera facilitée. Et que Fred Vargas et Viviane Hamy soient ici remerciées pour leur exceptionnelle et originale contribution dans cette recherche de la vérité.

Claude Mesplède

 

EN LIBRAIRIE LE 20 MAI 2004   /   Collection [  b I s  ]

 

La Vérité sur Cesare Battisti                                            240 pages / 7 euros

Textes et documents rassemblés par Fred Vargas

 

Pietro Verri / Observations sur la torture — 1777                     160 pages / 7 euros

Traduit de l’italien par François Bouchard

 

“ Tant d’encre a coulé pendant les mois de mars et d’avril [2004] sur l’affaire Cesare Battisti que le premier des faits à pointer est précisément cette extraordinaire démesure ; et la première des choses à faire de s’interroger sur sa raison même. […] Pour influencer et paralyser l’opinion publique, on a vu se développer une propagande accusatrice et haineuse strictement ciblée sur un homme qui, il y a un mois encore, était parfaitement inconnu des Français.

Parce que cette réaction est hors de proportion, et nous dirons même anormale, elle est riche d’enseignements : car elle est l’expression symptomatique d’un phénomène bien connu, le masquage. En psychiatrie, le masquage, occupant l’esprit tout entier au profit d’une idée obsessionnelle, se nomme un “ évitement ”, ayant pour fin d’empêcher le problème véritable de parvenir au conscient. Le parallèle n’est pas inutile : car en Histoire, le masquage, orchestré par un pouvoir, qu’il fut d’Église ou d’État, qu’il ait été médiéval ou contemporain, n’a jamais eu qu’une seule fin : détourner l’attention du public en la focalisant avec un grand retentissement sur une cible précise, donnée pour “responsable de tous les maux”, afin d’éviter la visibilité de vérités embarrassantes ou indicibles : l’impuissance ou la faute gouvernementale. Les exemples d’autodafés et autres bûchers destinés à dissimuler les cavernes des pouvoirs et leurs chambres hantées sont monnaie courante de l’Histoire, chacun le sait. Ces bûchers furent les arbres choisis pour cacher les forêts. ”

 

En lisant les documents rassemblés dans ce volume, ainsi que les analyses des Italiens Valerio Evangelisti et Wu Ming 1 — rappelant ce que furent les “ années de plomb ” en Italie et la mise en place des lois spéciales qui donnèrent naissance aux figures du “ repenti ” et du “ dissocié ” —, et des Français Quentin Deluermoz et Fred Vargas, les éditions Viviane Hamy ont immédiatement pensé aux Observations sur la torture de Pietro Verri, un texte italien du XVIIIe siècle, inédit en français, qu’elles avaient publié en 1992.

Déjà en 1630, la “ Raison d’État ” transformait deux habitants de Milan, deux anonymes — les sieurs Piazza et Mora — en “ bouc émissaire ”, sous prétexte qu’ils auraient oint les murs de la cité avec des substances pestifères…

Le Sénat détournait l’attention de l’opinion publique pour mieux dérober la grave crise politique que traversait le duché de Milan.

 

Il nous a alors semblé essentiel de redonner à lire les Observations de Pietro Verri — écrites en 1777 — en même temps que La Vérité sur Cesare Battisti, pour donner à voir combien une Justice se doit de rendre ses jugements en “ toute Raison ” et non en “ toute Passion ”, et que “ l’extradition, de Cesare Battisti constituerait un affront à l’honneur de notre pays et de ses citoyens, et une faute gravissime au regard de l’Histoire. ”

Viviane Hamy

 

La Vérité sur Cesare Battisti

Textes et documents rassemblés par

Fred Vargas

 

Editions Viviane Hamy

Collection [b i s]

avril 2004

 

Textes et documents rassemblés avec la collaboration de

Claude Mesplède

 

Claude Amoz

Alexandre Bilous

Valerio Evangelisti

Michèle Lesbre

Dominique Manotti

Patrick Mosconi

Wu Ming 1

et traduits par

Alexandre Bilous

Paola De Luca

Janie Lacoste

Gérard Lecas

Serge Quadruppani

Claudine Roméo

Sophie Ronsin

Roberto Silvi

 

Merci aux Comités de soutien d’Ile de France

et des Régions dont l’appui fut décisi

“ Criminel odieux ”, “ assassin ”, “ tueur ”…

Cet homme qui n’est pas moi porte

mon nom dans les journaux, partout.

Cet homme, ce meurtrier, je ne le connais pas.

 

Cesare Battisti

mars 2004

SOMMAIRE

 

• Fred Vargas : Une brève histoire du long parcours de Cesare Battisti :

“ Afin que chaque Français puisse atteindre à la vérité qui lui est cellée ”

 

• Quentin Deluermoz : De l'homme Cesare Battisti à la figure “ Cesare Battisti ” :

“ […] une haine violente qui peut paraître ici étrange ”

 

Les “ années de plomb ” en Italie

                       

Les lois “ spéciales ”, par Wu Ming 1 :

“ La “ loi sur les repentis ” couronna la législation d’exception en concédant des remises de peine aux  ‘repentis’. ”

 

Les tortures :

“ Un autre me donnait des coups de poing à l’estomac et aux testicules. […] allongé, j’ai été forcé à boire l’eau qui m’arrivait dans la bouche par un tuyau branché au robinet, ouvert au maximum. ”

 

Qu’est-ce qu’un “ repenti ” ?

 

Qu’est-ce qu’un “ dissocié ” ?

 

Amnesty International face aux procès italiens des années de plomb (1980-1988) :

“ Les autorités italiennes ont violé tous les accords européens et internationaux sur des procès équitables et des délais raisonnables. ”

 

Qu’est-ce que “ Gladio ” ?

“ une organisation secrète, née au début des années 50 d’un accord entre la CIA et les services secrets italiens. ”

 

Qu’est-ce que “ L’Autonomie ouvrière ” ?

“ une galaxie de collectifs d’inspiration marxiste libertaire née en Italie au début des années 70. ”

 

 

Le procès contre Cesare Battisti :

Justice “ de plomb”, nature, accusations

et conséquences

 

Ce que les médias ne disent pas, par Wu Ming 1 :

“ Un lynchage médiatique comme on n’en avait plus vu depuis longtemps. ”

 

L’autre son de cloche sur les procès contre Cesare Battisti, par Valerio Evangelisti :

“ Donc, je continuerai de le présumer innocent, comme devrait le permettre toute bonne conception du droit. ”

 

Une famille en prison : après l’évasion de Cesare Battisti, l’arrestation collective de ses parents – Témoignages.

 

La désinformation française relaie la propagande italienne, par Fred Vargas : “ Non-dits, déformations, mensonges, descriptions imaginaires et sordides […] ”

 

 

La parole d’Etat de la France, le respect du Droit,

et ses défenseurs

 

La Doctrine Mitterrand :

“ J’ai dit que ces trois cents italiens […] étaient à l’abri de toute sanction par voie d’extradition. ”

 

Arrêts de la Cour d’Appel de Paris, 1991 :

“ La Cour est d’avis qu’il n’y a pas lieu d’accueillir favorablement la demande d’extradition faite par le Gouvernement de l’Italie contre le nommé Battisti Cesare. ”

 

Lettre de Lionel Jospin aux avocats de la défense des réfugiés italiens :

“ […] il n’a fait et ne fera droit à aucune demande d’extradition d’un des ressortissants italiens. ”

 

Lettre de Daniel Pennac :

“ vous dire combien j'ai honte de ce que mon gouvernement est en train de vous faire […] Courage donc, et à vous voir bientôt, libre. ”

 

Robert Badinter :

“ La libération de Battisti est juste. L’Etat doit respecter la parole donnée. ”.

 

Bertrand Delanoë, Maire de Paris :

“ Le respect strict des principes démocratiques. ”

 

Lettre ouverte de vingt et un sénateurs à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République :

“ Notre pays a un engagement moral envers eux. ”

 

Lettre de l’Abbé Pierre au Président de la République Jacques Chirac :

“ Je fais appel à votre esprit d'humanité […] ”

Lettre ouverte aux Italiens et aux Français, par Cesare Battisti :

“ Ma sincérité. Ma vérité. Voilà tout ce que je possède face à cet assaut. ”

 

La parole donnée est-elle négociable ?,  par Erri De Luca :

“ À partir de cette expérience […] d'indifférence envers les engagements, j'éprouve de l'admiration pour un pays [la France] qui agit différemment. ”

 

Jean-Pierre Mignard :

“ Paris a joué un rôle apaisant pour toutes les parties. ”

 

La parole de la France, par P. Vidal-Naquet, E. Morin, S. Hessel et M. Rebérioux :

“ La France prendrait le risque d'entrer dans l'histoire par la porte dérobée habituellement réservée aux trahisons ”.

 

Lettre du Président de la Ligue des Droits de l’Homme :

“ Ce n'est donc pas la première fois que nous avons honte. ”

 

Note blanche des Renseignements Généraux au contenu falsifié

 

Lettre des avocats de la défense au Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Paris :

“ injures et imputations diffamatoires 'd'une gravité exceptionnelle’ adressées aux défenseurs par l’Ambassade d’Italie. ”

 

Défense citoyenne de la parole d’Etat et du Droit :

Pétition nationale: 

“ Nous, citoyens français, refusons que notre pays ne respecte pas sa parole. ”

 

CONCLUSION

Fred Vargas : Cesare Battisti ou l’arbre qui cache la forêt

“ […] détourner l’attention du public en la focalisant sur une cible précise, donnée pour ‘responsable de tous les maux’ ”

 

annexe

L’évolution de la “ stratégie de la tension ” et de “ l’état d’urgence ” : 1969-1982.

 

 

 

 

 

Cesare et L'Unità

Un petit signal mais très important. Le quotidien L'Unità du 25 avril a publié une critique très enthousiaste du livre "Il caso Battisti". C'est étonnant, si on considère que L'Unità, journal lié au parti des Démocrates de Gauche, a toujours été très hostile aux égards de Cesare, et a publié des interventions favorables à l'extradition de Luciano Violante et de Armando Spataro. Evidemment on est parvenus enfin à secouer des certitudes...

Valerio Evangelisti  

 

 

A TOUS LES MEMBRES DES COMITES DE SOUTIEN

 

Jeudi 6 mai, quelques 600 livres "La Vérité sur Cesare Battisti" ont été expédiés par toute l’équipe des Editions Viviane Hamy en direction des journalistes de Paris et des régions. Vendredi 7 mai, l’expédition concernait les politiques (présidents de régions, sénateurs, députés, maires, etc.) ainsi que les divers comités de soutien. Pour gagner du temps, j’ai proposé d’adresser plusieurs exemplaires du livre à un seul responsable local, charge à lui de répartir son envoi auprès des ses collègues. Gardez ces livres pour vous, et pour la diffusion auprès de vos collègues, amis et sympathisants, pour des débats ou autres, puisque les politiques les ont reçu de leur côté.

Plusieurs journaux importants ont d'ores et déjà décidé de rendre compte de ce livre avant le procès.

 

RASSEMBLEMENTS DU 12 MAI

Paris : à partir de 17h devant le Palais de Justice (Cité)
Grenoble : à 12h place Félix Poulat
et sans doute Toulouse Montpellier, Douarnenez, Amiens, Lyon

 

SOIREES DE SOUTIEN / REUNIONS

PARIS, Lundi 10 mai :
De 19:00h à 01:00h à « La Passerelle »
3, rue St. Hubert - Paris 11ème, Métro : Parmentier
CARGO IMAGINAIRE : Soirée de soutien aux réfugiés italiens
(Cesare BATTISTI, Roberta CAPPELLI, Paolo PERSICHETTI & Co...)
Lectures, Musique, Projections, Installations, Happening, Débats, Danse, etc.ENTREE LIBRE

 

BORDEAUX, Lundi 10 mai :
Présentation du livre de Fred Vargas, "La vérité sur Cesare Battisti" à 18h30 la Librairie la Machine à Lire
8 Place du Parlement 33000 Bordeaux tél: 05.56.48.03.87
Avec Stéphanie Benson, Hugues Pagan, Gérard Boulanger, Hervé Le Corre, Jean Vautrin et Patrick Rödel.
Rencontre animée par Gilles Mangard

 

 

 

Article de Corinne Naidet (La Noir’rôde) à paraître dans Le Patriote

 

PROCÈS ITALIENS :

TÉMOINS ACHETÉS OU TORTURÉS 

 

Au moment où la cour d’appel du tribunal de Paris doit statuer sur l’extradition de Cesare Battisti, la romancière Fred Vargas, historienne au CNRS où elle a obtenu la médaille de bronze pour la rigueur et la qualité de ses travaux, publie un livre qui rassemble divers textes afin que sur cette affaire, dit-elle, «  chaque Français puisse atteindre à la vérité qui lui est celée ». En effet, après la campagne de désinformation des médias italiens relayés par la plupart des journaux français ces dernières semaines, cet ouvrage s’imposait pour rétablir la vérité.

 Il débute par une présentation de l’accusé dont l’itinéraire politique est replacé dans le contexte historique des années 1969 à 1982, appelées  « années de plomb ».  Cette période généra des lois d’exceptions qui, ici, sont toutes référencées avec une explication sur les « repentis » et les « dissociés » : ces terroristes qui négocièrent leur propre libération en échange de la dénonciation de leurs camarades. On apprend comment durant ces procès, selon les rapports annuels d’Amnesty International, la torture fut régulièrement utilisée pour obtenir des aveux. La pratique la plus courante consistait à gaver les témoins d’eau salée à l’aide d’un tuyau avant de leur frapper violemment l’estomac pour les faire craquer. Pour le seul procès de  Battisti, treize prisonniers ont reconnu avoir été torturés. Le livre publie le témoignage de l’un d’entre eux, Sisinio Batti,  qui déposa plainte un an plus tard en reniant ses accusations extorqués sous la torture.  La lecture de ces différents textes permet de mieux comprendre comment le procès italien de Battisti a été vicié et pourquoi il s’agit d’une parodie de justice avec des témoins avouant sous la torture tout et n’importe quoi tandis que le principal accusateur, Pietro Mutti, négociait sa liberté en chargeant son ancien camarade Battisti de tous les homicides commis par l’organisation à laquelle ils appartenaient tous les deux.

Le but de cet ouvrage n’a jamais été de refaire le procès de Battisti, car le principe qui a toujours guidé ceux qui le soutiennent reste le respect de la parole d’état par laquelle le Président Mitterrand accordait l’asile politique  aux ex-activistes italiens à la condition qu’ils renoncent à la violence. Cet engagement doit être respecté. Mais puisque les détracteurs de Battisti ont délibérément menti afin de le faire passer pour un tueur, Fred Vargas a jugé indispensable de faire la démonstration du contraire, le tout assorti de preuves irréfutables. L’une d’entre elles, par exemple, est une « note en blanc » élaborée par les Renseignements généraux en février 2004, afin d’informer la police sur le prévenu. Cette note est entièrement fausse, le plus ignoble étant atteint lorsqu’elle indique qu’en 1991, les juges ont voté POUR l’extradition de Battisti, alors que c’est tout le contraire qui s’est produit.

Ce document préparé dans l’urgence mais avec beaucoup de rigueur par Fred Vargas aidée de quelques amis, insiste aussi sur  le phénomène de «  masquage » orchestré par le pouvoir et  bien connu en psychiatrie, auquel, malheureusement, a été confronté Cesare Battisti : comment détourner l’attention du public en la focalisant sur une cible précise : ici, un émigré italien (encore une connotation raciste) au passé révolutionnaire ayant appartenu à une organisation qualifiée de terroriste. Par les temps qui courent, un choix idéal à jeter en pâture aux citoyens…

Grâce à ce livre, on peut ainsi se rendre compte de tous les mensonges et autres coups tordus dont Battisti a été la victime, à son grand étonnement ainsi qu à celui de ses amis, tous plus ou moins issus du monde du polar, qui s’étaient rassemblés pour défendre cette cause juste. Juste au niveau du droit, puisqu’on ne peut pas, théoriquement,  juger la même affaire deux fois. Juste car le respect de la parole de la France est en jeu dans cette histoire…

Fred Vargas dont le dernier roman noir «  Sous les vents de Neptune » est sorti en mars 2004 chez le même éditeur nous livre ici un livre indispensable : bien évidemment pour que la vérité sur cette affaire soit enfin écrite noir sur blanc, sans aucune contestation possible et que les Français puissent  « juger » celle-ci, avec, on l’espère, l’objectivité qu’auront les juges. Mais aussi, bien au-delà pour nous faire réaliser qu’en de nombreuses occasions, les médias sont manipulés et qu’il n’est pas bon de prendre pour argent comptant tout « ce que disent les infos ».  

Corinne Naidet

La vérité sur Cesare Battisti

Textes et documents rassemblés par Fred Vargas

Editions Viviane Hamy 2004, collection [ bIs ]

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