La Gazette                                                                 

Pour le respect de la parole donnée

n°20 – 08/04/04

 

 

CONTINUONS A FAIRE CONNAITRE NOS OBJECTIFS

L’Etat italien a fait parvenir aux juges français de nouveaux documents concernant leur demande d’extradition de Cesare Battisti. En conséquence, l’examen de cette demande qui devait avoir lieu  mercredi 7 avril est reporté au mercredi  12 mai. Pendant cette période, nous pouvons continuer à expliquer autour de nous les positions que nous défendons . La gazette s’efforce de vous transmettre des textes qui analysent et expliquent le fond du problème. N’hésitez surtout pas à les reproduire, même en petite quantité. C’est un travail de fourmi. Mais il fera mouche si le plus grand nombre d’entre nous se préoccupe de diffuser ces textes autour de lui pour aider à la réflexion de chacun.

La parole de la France

 

Ce texte qui réaffirme de façon très claire pourquoi nous défendons le respect de la parole donnée, a été publié dans le quotidien « Le Monde » daté du 6 avril 2004. Il était signé par les historiens Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux, le sociologue Edgar Morin,  et l’ancien ambassadeur de France Stéphane Hessel.

 

 

Que Cesare Battisti et les autres Italiens menacés d'extradition par le gouvernement français soient coupables ou non des faits qui leurs sont reprochés par la justice italienne ne nous regarde pas. Nous ne prétendons pas non plus donner de leçons de démocratie à l'Italie, mais en nous opposant fermement à ces extraditions, nous voulons faire respecter la parole donnée par la France à ces Italiens qui se sont réfugiés sur son sol pour fuir les poursuites liées aux violences des années de plomb.

en matière de droit d'asile, la parole de la France nous est à tous un sujet de fierté et cette soudaine menace de reniement nous touche directement, intimement. C'est elle que nous entendons stigmatiser d'une façon à la fois brève et précise. Brève, car la fameuse "doctrine Mitterrand", c'est-à-dire la décision unilatérale prise par un président de la République d'accueillir en France les militants révolutionnaires italiens qui auraient déposé les armes se résume en quelques phrases dépourvues de toute ambiguïté ; précise, car, pour lever tout doute sur la portée réelle de cette doctrine, nous avons souhaité nous référer à sa formalisation et à sa teneur en rappelant exactement ce qui a été dit et écrit par ses créateurs.

En 1985, à l'occasion du 65e congrès de la Ligue des droits de l'homme, le chef de l'Etat, François Mitterrand, affirmait : "Prenons le cas des Italiens, sur quelque trois cents qui ont participé à l'action terroriste en Italie depuis de nombreuses années, avant 1981, plus d'une centaine sont venus en France, ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s'étaient engagés, le proclament, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont insérés dans la société française, souvent s'y sont mariés, ont fondé une famille, trouvé un métier... J'ai dit au gouvernement italien que ces trois cents Italiens... étaient à l'abri de toute sanction par voie d'extradition..."

En 1998, le premier ministre Lionel Jospin écrivait dans une lettre adressée au cabinet de Felice-Terrel et rendue publique par la presse : "Vous avez appelé mon attention par une lettre du 5 février 1998 sur la situation de ressortissants italiens installés en France à la suite d'actes de nature violente d'inspiration politique réprimés dans leur pays. (...) Je vous indique que mon gouvernement n'a pas l'intention de modifier l'attitude qui a été celle de la France jusqu'à présent. C'est pourquoi il n'a fait et ne fera droit à aucune demande d'extradition d'un des ressortissants qui sont venus chez nous dans les conditions que j'ai précédemment indiquées. Par ailleurs, des dispositions vont être recherchées afin que les signalements introduits dans le système d'information de Schengen et automatiquement diffusés n'emportent plus de conséquences à l'égard de ces personnes..."

Ces mots, clairs et nets, ne prêtent à aucune interprétation : il y a bien octroi d'asile en pleine connaissance de la gravité de faits couverts ; ces faits graves sont bien de nature politique ; cet asile accordé aux bénéficiaires est un et indivisible, erga omnes, sans la moindre possibilité de dérogation ; il ne peut y avoir extradition que s'il y a reprise de l'action terroriste.

Sous deux présidents de la République et neuf gouvernements successifs, toutes tendances politiques confondues, cet asile a été maintenu.

Or, vingt ans plus tard, et après le sérieux coup de canif aussi scandaleux qu'inique que représente l'extradition de Paolo Persichetti en août 2002, ce gouvernement tente de s'enfoncer encore plus avant dans la voie du reniement de la parole donnée en arguant, soit d'une prétendue obsolescence de la "doctrine Mitterrand", soit d'une soi-disant exclusion de certains crimes graves. Tout cela n'est qu'une vaste entreprise de désinformation qui ne convainc aucun de ceux qui, comme nous, tiennent au respect des engagements pris par leur pays. Car toute extradition qui viserait l'un ou l'autre de ces Italiens serait en dehors de toute légitimité. Rupture injustifiée et injustifiable d'un "contrat politique" unilatéral passé par la France, elle prendrait le risque d'entrer dans l'histoire par la porte dérobée habituellement réservée aux trahisons.

Pour finir, laissons la parole, que nous faisons nôtre, à Robert Badinter, ancien garde des sceaux, qui déclarait dans les pages du Corriere della Sera daté du 5 mars 2004 : "Ce que l'on appelle "doctrine Mitterrand" peut être discuté, approuvé ou désapprouvé, mais demeure la décision d'un président de la République, du plus haut représentant de l'Etat, qui engage donc l'Etat lui-même, y compris sur le plan politique. Je ne vois pas pourquoi reconsidérer, vingt ans après, un engagement de l'Etat français par rapport à un contexte historique et à des positions qui restent inchangés."

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Plusieurs sénateurs, à l’initiative de Nicole Borvo, ont adressé courant mars une lettre ouverte au président de la république  Jacques Chirac


Monsieur le Président de la République,
Arrêté le mardi 10 février et placé en détention à la prison de la Santé, l’écrivain Cesare Battisti a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, le 3 mars, par la Cour d’Appel de Paris. Celle-ci a fixé au 7 avril l’examen de la demande d’extradition formulée par les autorités italiennes.
En 1985, le Président François Mitterrand accordait l’asile aux ressortissants italiens sous le coup de condamnations remontant à l’époque des actions terroristes dans les années 1970. Cesare Battisti bénéficie de cet asile depuis 1990.
La France avait pris cet engagement à leur égard sous réserve qu’ils n’exercent aucune activité politique en France et elle ne l’a jamais remis en cause jusqu’en 2002. C’est pour cette raison que nombre d’entre eux vivent dans notre pays, se sont insérés et, pour certains, ont fondé une famille. Notre pays a un engagement moral envers eux.
De plus, concernant Cesare Battisti, la Cour d’Appel de Paris avait refusé pour ces motifs, en 1991, une première demande d’extradition formulée par l’Italie à son encontre.

Dans ces conditions, il ne serait pas concevable que notre pays donne suite à la demande d’extradition de Monsieur Battisti.

Vos fonctions font de vous, Monsieur le Président de la République, le garant de l’indépendance de la justice et de la continuité des engagements de l’Etat.

C’est pourquoi nous avons l’honneur de solliciter votre intervention pour que soient garantis les engagements pris par la France et le respect de la chose jugée. C’est aussi ce que réclament les nombreux soutiens qui se sont mobilisés, en France, pour Cesare Battisti.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en nos respectueuses salutations.

Jean-Pierre BEL, Marie-Christine BLANDIN, Nicole BORVO, Didier BOULAUD, Robert BRET, Gilbert CHABROUX, Yves COQUELLE, Annie DAVID, Michel DREYFUS-SCHMIDT, Guy FISCHER, Thierry FOUCAUD, Hélène LUC, Josiane MATHON, Bernard PIRAS, Danielle POURTAUD, Jack RALITE, Ivan RENAR, Claude SAUNIER, Odette TERRADE, Henri WEBER

 


CESARE BATTISTI, OU L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

par Fred Vargas (archéologue et écrivain) et Claude Mesplède (écrivain). Ce texte  a été publié par le quotidien « L’Humanité » du 7 avril 2004.

 

            Tant d’encre a coulé depuis un mois sur l’affaire Cesare Battisti que le premier des faits à pointer est précisément cette extraordinaire démesure; et la première des choses à faire de s’interroger sur sa raison même : il y a deux ans, l’extradition de l’enseignant Paolo Persichetti, réfugié politique en France, est passée quasiment inaperçue. En revanche, celle demandée pour Cesare Battisti a déclenché dans les médias italiens, relayés par une très grande partie de la presse française, une stupéfiante campagne pro-extradition. Pour influencer et paralyser l'opinion publique, on a vu se développer une propagande accusatrice et haineuse strictement ciblée sur un homme qui, il y a un mois encore, était parfaitement inconnu des Français.    Parce que cette réaction est hors de proportion, et nous dirons même anormale, elle est riche d'enseignements : car elle est l’expression symptomatique d’un phénomène bien connu, le masquage. En psychiatrie, le masquage, occupant l’esprit tout entier au profit d’une idée obsessionnelle, se nomme un “ évitement ”, ayant pour fin d’empêcher le problème véritable de parvenir au conscient. Le parallèle n’est pas inutile : car en Histoire, le masquage, orchestré par un pouvoir, qu’il fut d’Eglise ou d’Etat, qu’il ait été médiéval ou contemporain, n’a jamais eu qu’une seule fin : détourner l’attention du public en la focalisant avec un grand retentissement sur une cible précise, donnée pour “ responsable des maux ”, afin d’éviter la visibilité de vérités embarrassantes ou indicibles : l’impuissance ou la faute gouvernementale. Les exemples d’autodafés et autres bûchers destinés à dissimuler les cavernes des pouvoirs et leurs chambres hantées sont monnaie courante de l’Histoire, chacun le sait. Ces bûchers furent les arbres choisis pour cacher les forêts.

            Aujourd’hui, l’amplification anormale du cas Battisti trahit un phénomène strictement analogue. Battisti fait fonction d’arbre, grandi à des dimensions extravagantes, diabolisé, habillé d’une défroque de monstre, afin que l’opinion publique se concentre sur cette figure placée en proue, vacille et en oublie le reste. Quel “ reste ” ? Ou, en d’autres termes, quelle forêt cette figure est-elle censée cacher ?

            Notons d'entrée que le but est hélas largement atteint. La mobilisation française contre l'extradition de Cesare Battisti s’axa dès l’origine sur une défense strictement républicaine, soit : respect de la parole d’Etat donnée par Mitterrand aux réfugiés italiens en 1985, et préservation de notre Droit, qui n’autorise pas qu’une même affaire soit jugée deux fois. Ces arguments indiscutables reçurent au début un écho certain. Mais ils sont à présent noyés dans la marée que la presse italienne a fait déborder sur la France, œuvrant avec efficacité pour déplacer les objets du débat et substituer à la question du Droit et de la Parole celle de la Culpabilité. Au nom de cette  “ culpabilité ” proclamée d’office par la presse, et sur laquelle nul ne songe à s’interroger, l’opinion publique a oublié droit, principes et république pour conspuer et basculer dans un seul cri vers l’extradition.

            Il est essentiel de souligner que l’orchestration de ce tapage n’était évidemment pas prévue. A l’origine, les extraditions demandées par un Berlusconi en difficulté n’avaient pas d’autre but que de créer un réflexe d'unité nationale temporaire, tous les partis ayant maille à partir, d’une manière ou d’une autre, avec les événements des années de plomb. L’extradition de Cesare Battisti (suivie par d’autres, déjà programmées), devait assurément passer inaperçue en France.

            Mais un minuscule grain de sable se glissa dans l’engrenage, que les gouvernements français et italiens ne pouvaient en aucune façon envisager : Battisti appartenait à la famille des écrivains de romans policiers français. Petit groupe totalement négligeable de moins de cent cinquante personnes, mais solidaire et animé de réflexes politiques rapides. Son arrestation embrasa donc aussitôt ce noyau d'écrivains marginaux et, de l'activité de ce point d'incandescence imprévu, naquit une mobilisation immédiate, qui s'étendit comme un feu de paille à travers la France à plus de 23.000 personnes. Rapidement, ce mouvement fut amené à mettre en évidence les indicibles vérités sur l'ancien procès qui condamna Battisti par contumace à la prison à vie et, par suite, sur les lois "spéciales" édictées par le gouvernement italien de 1974 à 1982, sans omettre le fonctionnement de la magistrature d'alors, si contraire aux droits de l'homme qu'Amnesty International le condamna.

            Ainsi, de manière imprévisible, réemergea à la surface des eaux une épave envasée de l’Histoire, guère belle à voir. Et c’est bien cette apparition, et non pas le cas de Battisti, qui mit le feu à l’Italie : car la plupart des politiques et des magistrats qui approuvèrent ou appliquèrent les lois d’exception qui régirent les procès d’alors sont toujours aux commandes aujourd’hui. Et nul d’entre eux ne souhaite voir ressurgir le détail des mesures drastiques auxquelles ils adhérèrent. Des respectabilités, des réputations, des carrières sont en jeu. Il faut à tout prix, et même à n’importe quel prix, remettre au placard ce si dangereux fantôme que les Français ont brutalement exhumé. Seule solution, donner à croire par tous les moyens à la régularité absolue de la justice de cette période et prouver combien le procès contre Cesare Battisti fut "exemplaire". Et pour ce faire, revendiquer non seulement la culpabilité de l’accusé mais encore la décupler en créant une image redoutable de l'homme : le présenter comme un “ terrible meurtrier ”, au “ sadisme glacial ” n’hésitant pas à “ tirer sur un enfant de treize ans ”, à “ achever une victime au sol par un coup à la nuque ”. De sorte que, face au "monstre" ainsi façonné, on cesse de se soucier de la manière dont il fut jugé, un détail devenu négligeable au regard de sa cruauté.

            Aussitôt dit, aussitôt fait. Le jeune garçon tragiquement blessé au cours du crime Torregiani, et devenu paraplégique, est par exemple exhibé sans relâche à la télévision italienne comme une victime de Battisti. Les procureurs de l'époque savent pertinemment qu'il fut atteint par une balle de son propre père, mais laissent courir le mensonge. Car tout est bon pour diaboliser l'accusé et dans le même temps discréditer les arguments français. Torrents de contre-vérités, d'hypocrisies et d’élisions volontaires s'y emploient, ainsi qu'attaques contre les défenseurs français de Battisti. Cette démesure définit, par retour logique, l’étendue même de la forêt et la gravité de son contenu.

L'intoxication fonctionne à plein et bientôt ne figurent plus à l’avant-scène de l’affaire qu’un “ monstre Battisti ” et une poignée d'“ intellectuels ” français égarés, ignares, affligés d'un "complexe de supériorité", "empaillés" et nostalgiques "pseudo-romantiques" de la Révolution. La presse française (à l'exception notable de Libération, Paris-Match, Télérama, Le Nouvel Observateur et l'Humanité, parmi les journaux nationaux), relaie subjectivement la propagande italienne. Elle publie les articles dévastateurs de célèbres magistrats italiens qui, curieusement, montent en personne au créneau, dont évidemment l’un des anciens procureurs qui représenta l’accusation contre Battisti. Le bourrage de crâne tourne l’opinion publique dans un seul sens, sans aucune preuve et sans recul. Aucun des textes en provenance d’Italie qui décrivent la réalité des procès viciés et la vérité sur l'affaire ne parvient à être publié. Les paroles sont muselées, une auto-censure des médias rend la défense inaudible, et le cri d'attaque est quasi univoque.

            Diabolisons un sorcier, brûlons-le, et tirons le rideau sur les vérités à cacher. Ce tragique tour de passe-passe qui a tant parsemé l'Histoire, le re-voilà en action aujourd'hui, faisant grincer ses rouages médiévaux : brûlons Battisti et oublions l'iniquité de son procès et de centaines d'autres durant les années de plomb, tirons le rideau sur leurs penseurs, leurs approbateurs et leurs exécuteurs. Le procédé est grossier, monstrueux, mais il fonctionne, et c'est tout ce qu'on lui demande.

            Des politiques, des magistrats viennent ainsi de transformer un homme en démon, qu'ils sont prêts à brûler pour protéger leur réputation. Peut-on en conscience les appeler “ hommes de loi ” ? Ou bien plutôt, “ hommes de soi ” ? Et qui doit-on croire ? Ces magistrats qui se couvrent ? Ou ces analystes qui rappellent l'usage de la torture, de l'isolement pénitentiaire, de l'achat des accusés, de la négociation des remises et des suppressions de peine, les lois et décrets nouveaux destinés à fabriquer des “ repentis ” ou des “ dissociés ”, prêts à donner un nom ou un indice pour échapper à leur sort ? Les "témoignages" ainsi fabriqués et extorqués ? L'utilisation de "dépositions" de mineurs ou de faibles d'esprit ?  

            Dans le procès Battisti, pas un seul des témoignages à charge n'est fiable, pas un seul ne relève d'une justice digne de ce nom. Tous les nouveaux outils issus des "lois spéciales" y furent utilisés. Pourtant l’accusation affirme aujourd'hui l' “ équité ” et les “ règles ordinaires ” de la procédure dont il a “ bénéficié ”. Nul ne crie davantage que celui qui a un secret à cacher. Battisti, lui, ne crie pas. Il a toujours nié les quatre homicides qui lui furent imputés, mais personne ne l'écoute. On écoute les cris des “ sages ”, des “ puissants ”, des “juges ” qui ne sauraient mentir, bien qu'ils soient tous aujourd'hui en flagrant délit de dissimulations de toutes sortes, au regard des faits historiques.

            Si, dans un siècle, les historiens étudient cette affaire, les véritables responsabilités seront pour eux un jeu d'enfant à démontrer. Car, n'était la gravité extrême des conséquences vitales pour Cesare Battisti, le déroulement du processus en cours serait un régal pour l'historien, qui voit se reproduire à l'identique l'antique pratique de la diabolisation destinée à dissimuler l'indicible.

            Et pourquoi, au prétexte que l’affaire Battisti se déroule aujourd’hui, ne pourrait-on dès à présent y jeter un regard d’historien ? Par ce seul regard distancié et objectif, attaché aux seuls faits et au contexte de l'accusation, les ombres et les clartés se recalent à leur juste place. Et, sortant du leurre auquel on tient à nous faire croire, émerge alors l'évidente présomption d'innocence pour Battisti.

            C’est pourquoi, outre la valeur absolue de la parole d’Etat et du droit, une vision historienne des événements, des glissements et des étapes qui se sont succédés au cours de ce mois de mars 2004 accroît formidablement la lisibilité de l’affaire : elle révèle l'existence d'une forêt tabou qu'un arbre Battisti démesuré est censé cacher. Forêt si trouble, épave si lourde, que toute extradition vers l’Italie est inenvisageable. Car l’Histoire est là, qui guette, qui sait, et qui, de toute façon, saura. Et seule l’historicisation des années de plomb permettra à l’Italie de les surmonter. En attendant ce processus salvateur, nul Italien réfugié ne pourrait aujourd’hui être extradé vers les prisons sans que l’Histoire en rougisse ad vitam aeternam, de part et d’autre des Alpes, pour ces deux peuples amis.

 

Note : Merci aux écrivains et historiens Valerio Evangelisti, Wu Ming 1, Alexandre Bilous et Dominique Manotti pour les informations fournies sur l'histoire italienne et les procès des années de plomb. Voir leurs articles dans L'Humanité du 16 mars 2004, dans Il Manifesto (19 mars), et sur le forum web du Nouvel Observateur (1er avril). Consulter aussi les sites web :

www.wumingfoundation.com/italiano/outlakes.cesarebattisti2french..html

http://cesarebattisti.free.fr, et www.mauvaisgenres.com et  http://www.carmillaonline.com.

Valerio Evangelisti, Wu Min1, et al. ont publié le 29 mars 2004 en Italie un ouvrage intitulé Il caso Battisti : mais le livre est sorti coupé et amputé par l'éditeur, c'est-à-dire censuré. Néanmoins, nos collègues ont obtenu que les textes censurés soient publiés in extenso lors de la prochaine réédition de l’ouvrage.

 

EN RAISON D’IMPERATIFS PROFESSIONNELS,

LA PROCHAINE GAZETTE SERA PUBLIEE LE 21 AVRIL